Voici quatre citations du livre Gros-Câlin d’un de mes auteurs favoris, Romain Gary. Le style d’écriture ressemble à La vie devant soi sous le même pseudonyme d’Émile Ajar, on reconnaît l’humour et les remarques intérieures, mais le fil narratif est beaucoup plus décousu. En somme, l’oeuvre est moins bonne à mon avis que La vie devant soi mais plusieurs citations savoureuses parsemaient le livre:

- Celui-là, il cherche à se faire remarquer.
C’était vrai. Mais qu’est-ce qu’on doit faire, se noyer?

Pertinent. Je trouve que les gens qui attirent l’attention sont parfois jugés négativement, taxés d’exhibitionnisme mal placé ou carrément d’égocentrisme. Je crois que c’est souvent bien plus de la maladresse à tenter d’être pertinent qu’une envie de s’imposer. Le plus intéressant est que l’auteur se fait d’ailleurs écho à lui-même et sa justification résonne quelques pages auparavant: « …pas pour me faire remarquer, mais pour intéresser, tout simplement ». Très vrai! Vouloir susciter l’intérêt des autres se traduit souvent maladroitement par se faire remarquer. Puis quand (comme le personnage) quelqu’un se noie dans la solitude, se faire remarquer ne tient plus du caprice mais de la nécessité.

L’auteur précise d’ailleurs plus loin sa métaphore de noyade: « les noyés passent inaperçus, à cause de la force du courant dans le métro aux heures de pointe. »

Lorsqu’on est bien ensemble, on n’a aucun besoin de se mentir, de se rassurer. Je dirais même que l’on reconnaît le bonheur au silence. Lorsque la communication est vraie et entière, sans frimes, seul le silence peut l’exprimer.

Ce serait donc l’éléphant dans la pièce qui chercherait à meubler les discussions?

Moi aussi j’aurais voulu être quelqu’un d’autre, j’aurais voulu être moi-même.

Une autre explication potentielle des gens qui veulent attirer l’attention?

La vérité, c’est qu’il y a une quantité incroyable de gouttes qui ne font pas déborder le vase.

Celle qui le fait alors déborder n’est peut-être que le fruit du hasard et n’a peut-être pas davantage d’importance que les millions d’autres accumulées, si ce n’est que le hasard d’être tombée à ce moment précis. On aura peut-être tort alors d’analyser cette goutte plutôt que le vase.