La courte nouvelle que vous pouvez consulter ici se veut un amalgame de plusieurs inspirations. Le résultat final n’est pas à la hauteur de ce que j’avais espéré mais sa concrétisation était importante pour moi, ne serait-ce que pour l’exercice. Elle tire d’ailleurs ses origines d’un long processus et puise sa source des défis suivants:

  1. L’idée initiale (un garçon amené à l’école par son père, pauvre, en limousine) m’est d’abord venue à l’âge de 11 ou 12 ans. Sa matérialisation finale, presque 25 ans plus tard, avec des revirements additionnels en prime me sert en quelque sorte à boucler une boucle.
  2. Les premiers mots (Six jours plus tard) est également un concept que je voulais développer depuis plusieurs années: débuter une histoire directement avec une ellipse.
  3. Le plaisir de cacher un décompte, par pur plaisir (six jours, cinq arrêts… jusqu’à une fillette)
  4. Mon penchant naturel pour les histoires aux apparences trompeuses et aux préjugés erronés: lire ceci ou encore ceci.
  5. Enfin, un type de narration omnisciente que je qualifie de narrateur intrusif, ou honnête

J’expliquerai plus en détails le dernier point, car je crois que le résultat final peu concluant provient de cette mauvaise idée mais que je voulais néanmoins mener à terme.

L’idée d’un narrateur intrusif vient d’un agacement voilé que j’ai pour le type de narrateur omniscient standard. En effet, pour moi un narrateur omniscient demeure toujours un filtre subjectif, celui d’un point de vue. Aucune narration n’est entièrement objective: à tout le moins, l’auteur, même inconsciemment, teinte sa narration de termes, de sentiments et de descriptions choisies. Le lecteur est toujours guidé par ce narrateur omniscient, supposé représenter la neutralité mais manipulant toujours l’absorption du récit dans les faits.

Mon narrateur intrusif est certes plus dérangeant mais il a la franchise de ne pas se cacher.

J’y vais d’exemples concrets:

NARRATEUR OMNISCIENT:
Le chaud soleil d’été l’apaisa et elle pensa que c’était une merveilleuse journée.

Comme lecteur, nous devons gober la description, les émotions prêtées et tout le reste par défaut, mais rien de cette phrase n’est néanmoins absolu: c’est le point de vue formulé par un être omniscient.

NARRATEUR INTRUSIF:
Comme elle, vous auriez senti la chaleur de ce soleil apaisant et vous auriez admis que c’était une merveilleuse journée.

En somme, c’est la même phrase mais narrée de façon plus honnête et directe, soit: que des descriptions d’événements et de sentiments vous sont transmis et que c’est de cette façon qu’ils doivent être perçus.

L’exercice était donc un défi que je n’ai pas entièrement réussi à relever mais dont je suis quand même fier de quelques passages. Il a cette honnêteté de narrer non seulement des événements, mais aussi les sentiments et la façon dont ceux-ci doivent être reçus. Ce qu’un narrateur omniscient fait aussi, mais de façon détournée, manipulée.

Libre à vous d’essayer dans les mêmes conditions!

Lire ici l’histoire en question.