En octobre 1984, j’avais quatre ans. Ma maman m’a amené voir La Guerre des tuques avec ma soeur.

Je ne savais plus que j’avais des souvenirs de mes quatre ans. Pourtant je me souviens très bien qu’en marchant vers le cinéma elle m’avait soulevé le bonnet en disant joyeusement « on va voir la Guerre des tuques! ». Je me souviens aussi que c’était plein et que nous avions dû rebrousser chemin pour aller à la représentation suivante.

Évidemment, je me souviens du film, de la musique, de Cléo…

31 ans plus tard, à trente-cinq ans, j’ai amené hier mes deux garçons voir La Guerre des tuques 3D au cinéma.

Je ne vais pas comparer les deux films – tout comme je ne me compare pas à mes garçons et qu’eux-mêmes ne se comparent pas entre eux.

Je sais que chaque histoire a une vie unique qu’il est parfois impoli de sonder.

Je sais aussi qu’à la fin du film hier, la reprise de la fameuse chanson L’amour a pris son temps m’est restée coincée dans la gorge, cet endroit étroit juste en haut du coeur où le passé s’entête et désespère à constater que ses clés, désormais, ne déverrouillent plus les serrures de l’avenir.

Émile Ajar affirme que le temps se cache du côté des voleurs.

C’est peut-être vrai. Hier, le nez enfoui dans le blond nuage des cheveux de mon plus jeune, je n’étais pas bien différent d’un receleur.

Je ne cherchais pas à évaluer la qualité du film, mais simplement celle du moment présent.

Je n’ai rien dit. J’ai simplement donné un subtil câlin à deux garçons déjà trop pressés de reprendre leur vie.

Je laisse la parole à l’avenir, peut-être dans 35 ans d’ici, leur rappeler si ce recel de culture, de bonheur, de valeurs et de profond amour paternel aura passé l’épreuve du temps.

Je suis resté un bon moment avec lui en laissant passer le temps, celui qui va lentement et qui n’est pas français. Monsieur Hamil m’avait souvent dit que le temps vient lentement du désert avec ses caravanes de chameaux et qu’il n’était pas pressé car il transportait l’éternité. Mais c’est toujours plus joli quand on le raconte que lorsqu’on le regarde sur le visage d’une vieille personne qui se fait voler chaque jour un peu plus et si vous voulez mon avis, le temps, c’est du côté des voleurs qu’il faut le chercher.