Hobby de mosaïque en carrés de papiers cartonnés

Question: Décris ton travail en une phrase.

Réponse: Je suis entrepreneur à temps plein, freelancer en développement web, depuis maintenant 4 ans et demi.

Q: As-tu toujours su que tu deviendrais entrepreneur?

R: Avant de le devenir, j’étais persuadé que le travail autonome n’était pas fait pour moi!

Q: Et pourquoi donc?

R: J’étais repoussé par ce que les tests et autres caractéristiques « indispensables » de l’entrepreneur typique véhiculaient comme valeurs: ambition, leadership, être visionnaire ou encore aimer les risques… rien de tout cela ne résonnait en moi, et toujours pas d’ailleurs aujourd’hui!

Q: Quelles sont alors les caractéristiques de l’entrepreneuriat selon toi?

R: Depuis 18 mois j’ai un passe-temps que je considère dans sa préparation et son exécution comme étant ce qui se rapproche le plus de l’acte entrepreneurial, au sens où je le vis. Il s’agit pourtant d’artisanat tout simplement – de reproduction d’images en mosaïque. Néanmoins, plus j’en fais et plus je décèle des rapprochements évidents avec les prérequis de mon quotidien de freelancing et les qualités qui en font une business qui fonctionne.

Q: Tu dis donc qu’un entrepreneur doit être un artisan?

R: Pas du tout, je dis seulement qu’il ne faut pas nécessairement être ambitieux, workaholic ou être accro aux risques pour devenir travailleur autonome. Parfois, cela se révèle à travers d’autres activités…

Q: Décris ce hobby.

R: Mon objectif était simple, mais précis: reproduire à la main des images de mon choix, sous un aspect de mosaïque, avec le plus d’exactitude possible.

J’ai d’abord fait une première tentative avec comme médium des crayons de couleurs en bois, mais l’effet final et surtout, l’exécution n’était pas exactement ce que je recherchais. Je suis donc passé au papier cartonné dès mon second essai.

Q: Comment cela fonctionne exactement?

Carrés de couleurs poinçonnésR: En gros, il s’agit de me procurer le plus de cartons de couleurs possible (cardstock, papiers construction…) et d’extraire le code de couleur pour qu’un script utilise ces teintes et les associe aux couleurs originales de l’image, par rapprochement. En bref, plus j’ai de tons à ma disposition et surtout, plus le projet est grand en superficie, plus le résultat se rapproche de l’image originale.

Une fois les couleurs associées au plus près possible de la réalité, il suffit de poinçonner ou découper les cartons en petits carrés et de les agencer dans le bon ordre.

Q: C’est de l’art abstrait?

R: Ça pourrait l’être, mais je préfère le photoréalisme, donc la reproduction de photos ou d’images réalistes. La superficie joue pour beaucoup afin de respecter un certain niveau de détails: mon projet actuel fait 148 pixels par 114, donc: 16,872 carrés cartonnés. Pas moins de 100h seront requises.

Q: En quoi ce hobby rejoint-il les caractéristiques entrepreneuriales?

En progression - mosaïque des AvengersR: L’une de mes citations préférées est de Michel Folco: L’expérience, c’est 10 000 fois la même chose répétée 100 000 fois. C’est pour moi non seulement la base de mon entreprise mais aussi ma devise: on n’est compétent que lorsqu’on connaît. Je suis très frileux face au changement (ce que d’aucuns, pourtant, stipulent comme nécessaire à l’entrepreneur) et mon offre de services n’est constituée que ce dans quoi je suis à l’aise et que j’ai effectué à répétition. Il va sans dire que le parallèle sur ce point est facile avec le hobby que j’ai décrit plus haut: si pour accumuler de l’expérience -donc de la compétence- il faut constamment répéter les tâches, c’est exactement ce que ce hobby nécessite!

Q: En somme, être freelancer, c’est répétitif?

R: Pas exactement. Je dirais plus que la persévérance et l’acharnement sont des caractéristiques que j’associe à l’entrepreneuriat, comme à ce passe-temps, tant que les énergies sont canalisées positivement et dans une bonne direction évidemment.

Q: Quoi d’autre as-tu trouvé de similaire entre les mosaïques et le travail autonome?

Pinces et colle blanche pour coller les cartons en mosaïqueR: Y croire! J’aurais pu, à prime abord, me décourager de cette idée puisque rien n’existait après mes recherches sur ce médium de mosaïque. Il existe certes des mosaïques de plastique, des perles, de céramique, de verre et même des « morceaux » de carton (triangulaires ou déchirés)… mais rien qui utilisait avec précision des carrés parfaitement taillés de papiers cartonnés, en style photoréaliste.

Mais j’y croyais et surtout, c’est ce que moi je voulais faire. J’aurais pu en conclure que l’idée était trop farfelue, trop irréaliste puisque rien n’existait à ce sujet. Mais j’ai choisi d’y croire et de me débrouiller seul, sans attendre de procédure toute faite.

Q: Mais puisque cela n’existait pas, comment as-tu pu réaliser ton hobby?

R: J’ai moi-même conçu le script de rapprochement des couleurs et des coordonnées et ai fait mes propres tests pour découvrir la meilleure façon d’assembler les mosaïques (cure-dent, pince, colle…) telles que je les concevais dans mon esprit.

C’est là que cet autre critère m’a frappé: la confiance et la débrouillardise sont donc aussi pour moi des qualités qu’on doit déployer à la fois dans une vie entrepreneuriale et dans ce type d’artisanat!

Q: C’est donc un hobby très ciblé! En quoi cela se rapproche du freelancing?

R: Je me suis rendu compte que je me comportais de la même façon dans mon entreprise que dans mon artisanat: en trouvant une niche précise et spécialisée dans laquelle j’étais à l’aise et à laquelle je croyais. Qu’elle soit populaire ou non importe peu: une zone de confort est avant tout un concept personnel.

Ainsi, je trouve que l’intuition demeure pour moi LA plus grande alliée du travail autonome – dans le stress constant des décisions à prendre et assumer, c’est d’ailleurs la seule caractéristique à mon avis qui permette le confort et la sérénité dans ses choix.

Q: N’est-ce pas un peu obsessif comme passe-temps?

R: Il va sans dire que de tailler puis coller près de 17 000 carrés demande une discipline machinale qui peut sembler aliénante pour plusieurs!

Cependant, plusieurs tâches du freelancer le sont: gestion des comptes, facturation, devis, timetracking, taxes, etc. Dans le cas d’un éventail de services spécialisé comme le mien, donc limité, les heures elles-mêmes se ressemblent. Ce sont des facettes répétitives et pas très glorifiantes prises individuellement, mais leur accomplissement à un rythme discipliné permet de tisser un portrait général qui, après toute une année, brossent une réussite globale.

Q: Et cela s’associe à quel penchant entrepreneurial?

R: L’appétit de voir le résultat final comble l’amertume des bouchées individuelles. Certes, comme employé salarié de telles tâches remplissent également le quotidien, mais à mon sens (et pour avoir été l’un et l’autre) rien n’équivaut au sentiment de fierté que l’entrepreneur ressent quand il est le seul maître à bord dont chaque effort investi échafaude un succès personnel.

Un rythme stable et la constance des efforts permettent donc d’éviter les montagnes russes des opérations et le focus sur les résultats globaux suffisent à alimenter la passion. Comme dans mon passe-temps.

Q: Y a-t-il autre chose que ce passe-temps t’a révélé?

R: Récemment, une problématique m’a fait réaliser que le changement n’est pas nécessairement synonyme de différence: en fait, on peut vouloir faire autrement pour faire pareil: s’adapter sans changer.

Q: C’est-à-dire?

R: Au début de mon projet, je poinçonnais les cartons à l’aide d’un punch manuel, en métal. Le hic est que ce type d’outil est très rare pour un tel format carré et malgré l’achat de deux poinçons, leur efficacité a rapidement diminuée, dont un qui s’est brisé.

Il me fallait donc trouver une alternative, en plein milieu de projet. J’ai heureusement découvert les planches à coupe-papier (trimmer) ce qui m’a permis de continuer à tailler les cartons de la même dimension.

Q: Comment cela se rapproche-t-il du travail autonome?

R: Dans un parallèle entrepreneurial, le changement pour le changement a toujours été un concept stupide de mon point de vue. L’évolution n’est pas toujours nécessaire lorsque les choses fonctionnent, surtout pour le simple « plaisir ». Par contre, savoir s’adapter, précisément pour continuer d’offrir un même service ou produit, est nécessaire. Après tout, Coca-cola change constamment ses formats de contenants mais la recette reste la même, ou encore, McDonald’s a beau changer sa décoration et l’ergonomie de ses restaurants, le Big Mac reste son classique!

Q: L’adaptation n’est-elle pas nécessaire en affaires?

R: S’adapter ne veux pas toujours dire tout changer, mais bien réagir aux problèmes et aux embûches afin, justement, de préserver le cap et de demeurer sur la route qui nous est profitable.

Q: À part pour passer le temps, quelle est l’utilité de ces mosaïques?

R: Pour mon second projet, j’ai voulu rendre l’expérience un peu plus pertinente et utile: j’ai fais une levée de fonds pour diverses causes combinées, et l’évolution du projet est rendue publique via cette page Facebook.

NOTE: cette entrevue est en fait un choix éditorial, elle n’a jamais eu lieu qu’envers moi-même. Je trouvais la forme plus aérée et moins prétentieuse qu’avec une suite de paragraphes en exposé magistral.