Archive pour la catégorie ‘ Citations ’

Quatuor de citations XXVI

Voici quatre citations du livre Gros-Câlin d’un de mes auteurs favoris, Romain Gary. Le style d’écriture ressemble à La vie devant soi sous le même pseudonyme d’Émile Ajar, on reconnaît l’humour et les remarques intérieures, mais le fil narratif est beaucoup plus décousu. En somme, l’oeuvre est moins bonne à mon avis que La vie devant soi mais plusieurs citations savoureuses parsemaient le livre:

- Celui-là, il cherche à se faire remarquer.
C’était vrai. Mais qu’est-ce qu’on doit faire, se noyer?

Pertinent. Je trouve que les gens qui attirent l’attention sont parfois jugés négativement, taxés d’exhibitionnisme mal placé ou carrément d’égocentrisme. Je crois que c’est souvent bien plus de la maladresse à tenter d’être pertinent qu’une envie de s’imposer. Le plus intéressant est que l’auteur se fait d’ailleurs écho à lui-même et sa justification résonne quelques pages auparavant: « …pas pour me faire remarquer, mais pour intéresser, tout simplement ». Très vrai! Vouloir susciter l’intérêt des autres se traduit souvent maladroitement par se faire remarquer. Puis quand (comme le personnage) quelqu’un se noie dans la solitude, se faire remarquer ne tient plus du caprice mais de la nécessité.

L’auteur précise d’ailleurs plus loin sa métaphore de noyade: « les noyés passent inaperçus, à cause de la force du courant dans le métro aux heures de pointe. »

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Regarder défiler le temps

Mon grand-père maternel est décédé centenaire, il y a de ça quelques années. Encore en forme, il soulevait des poids, faisait des push-ups et même du vélo!

Je me souviens des visites hebdomadaires que nous lui faisions… Malgré sa grande santé physique et mentale, sa mémoire phénoménale et son sens de l’humour… j’avais un malaise indéfinissable face à lui. J’en étais évidemment fier, mais sans savoir exactement pourquoi, toujours un peu triste pour lui aussi.

Alors que j’aurais dû le prendre comme modèle de longévité, profiter de ses souvenirs toujours vifs… une part de moi que je ne savais définir à l’époque était mélancolique à sa vue, distant.

J’entre ici de pleins pieds dans les jugements de valeurs mais… j’ai compris plus tard que ce malaise était causé par son type d’existence: une non-existence en fait. Pour moi, la vie est un don du moment qu’on a encore des projets. Chaque jour est un billet de banque que l’on doit investir, faire fructifier… dépenser. Et bien qu’étant sûrement confortable, je n’ai jamais défini la routine comme un projet.

De mon regard d’adolescent à l’époque, tout ce que je voyais de mon grand-père durant la dernière décennie de sa vie (sinon plus) n’était qu’une routine qui, bien qu’exceptionnelle pour son âge, n’en demeurait pas moins ennuyante, stable, sans nouveautés…

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Quatuor de citations XXV

Je lis présentement L’élégance du hérisson de M. Barbery, et bien que les 20 premières pages m’aient semblées un peu pédantes avec fond de misandrie (il faut tout de même attendre jusqu’à la page 80 avant d’avoir un personnage masculin qui ne soit pas un parfait connard) je dois admettre que je succombe à la plume. La crédibilité un peu tirée par les cheveux de l’histoire est largement compensée par les perles littéraires de plus en plus fréquentes à travers le récit. À la limite, la mise en contexte de l’histoire en devient presqu’un prétexte pour nous livrer de jolies pensées bien ficelées et on accepte donc de savourer le livre comme il vient. À preuve:

(cette citation est un peu longue, mais en vaut largement la peine).

Pour qui bénéficie des indulgences de la vie, l’obligation de la beauté n’est pas négociable. La langue, cette richesse de l’homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des œuvres sacrées. Qu’elles évoluent avec le temps, se transforment, s’oublient et renaissent tandis que, parfois, leur transgression devient la source d’une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré plein sujétion.

Ça retouche directement ce que j’affirmais dans un précédent billet sur ce crime contre la linguistique que constituent les SMS. Partant de ce fait, une citation qui adhère à ma pensée ne peut être que géniale! Non!?

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Quatuor de citations XXIV

Ça doit faire plus d’un trimestre que je suis en train de lire Les Piliers de la Terre, une brique de 1050 pages! Bien qu’il soit principalement captivant par son niveau historique et le développement de ses personnages, le bouquin n’est pas particulièrement riche en citations ou en tournures de phrases en dentelle. Cependant, vu la taille de l’ouvrage, les probabilités statistiques ont tout de même réussies à me faire dénicher quelques passages intéressants ici et là. Les voici:

Le silence était sa réponse habituelle aux sujets déplaisants.

J’ai toujours cru que le mutisme était un très puissant élément de dialogue. Se taire, c’est abandonner son interlocuteur dans la prison de ses pensées, parce qu’on veut soit ne pas sortir de la nôtre ou entrer dans la sienne.

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Quatuor de citations XXIII

Citations provenant du livre Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb.

Court livre sans fioritures, direct mais intelligent, avec un humour bien dosé. Les quelques passages que j’ai retenu ne sont pas nécessairement sublimes dans leur syntaxe ou leur style donc, mais davantage dans la réflexion qu’ils entraînent ou leur cocasserie!

Pour la première citation, je vais tricher et jumeler deux extraits séparés dans le livre. À ma défense, non seulement le thème se recoupe mais ma réflexion personnelle sur l’idée tout autant, alors voici:

La délation n’a pas attendu le communisme pour être une valeur chinoise. Et encore aujourd’hui, les Chinois de Singapour, par exemple, encouragent leurs enfants à dénoncer leur petits camarades. Je pensais que les Japonais, eux, avaient le sens de l’honneur.
[...puis une soixantaine de pages plus loin...]
L’honneur consiste le plus souvent à être idiot.

Moi qui ai toujours eu un respect naturel pour les règles et l’autorité, la délation est l’un des points sur lequel je suis généralement pour, et rarement ambivalent. Du moins sur des actes répréhensibles, évidemment…

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Quatuor de citations XXII

Un second quatuor du même livre de Laferrière, L’Énigme du retour. Voici, sans plus attendre!

Mon enfance
me manque plus cruellement
que mon pays.

Car c’est en effet le seul voyage qu’on ne pourra jamais refaire! On peut retourner deux, trois, dix fois dans sa ville, sur sa plage ou sa montagne préférée; on peut faire le tour du monde encore et encore (ou à tout le moins, rêver de ces projets)… la vérité est cependant que le voyage de sa propre vie est un tunnel qui ne se revisite pas, et qu’on ne peut que contempler à jamais le seul trajet qu’on a emprunté.

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Quatuor de citations XXI

Vous ne rêvez pas, c’est un second Quatuor de suite! De plus, ce sera le premier quatuor entièrement orienté vers un livre… que je n’ai pas (encore) lu! Il s’agit de Pilote de guerre de St-Exupéry. Ma mère, de mémoire, m’a cité la première de ces citations, que j’ai trouvé excessivement lucide et pertinente… et je suis donc allé chercher d’autres citations sur ce livre qui me semble prometteur.

Je refuserai désormais de juger l’homme sur les formules qui justifient ses décisions. On se trompe trop aisément sur la caution des paroles, comme sur la direction des actes. Celui qui marche vers sa maison, j’ignore s’il marche vers la querelle ou vers l’amour. Je me demanderai: « Quel homme est-il ? » Alors seulement je connaîtrai vers où il pèse et où il ira.

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Quatuor de citations XX

Pour ce 20e quatuor, j’ai choisi L’Énigme du retour de Dany Laferrière, qui a été proposé comme ouvrage officiel du Club de lecture approximatif dont je fais partie à mon travail.

C’est à mon avis un livre très introspectif, contemplatif, avec peu d’actions outre celle de voyager dans son propre passé et de découvrir ce qui tire les ficelles de son présent. La plume est par contre très belle, poétique, imagée; le style, en haïku en grande partie, m’a parfois rappelé Prévert dans son style de phrases détachées, mettant l’accent sur les mots ainsi saccadés et donnant le temps d’imaginer les scènes suggérées.

Ça force à lire lentement, et c’est toujours plus prenant! En voici quelques bijoux:

Toujours plus facile de changer de lieu
que de changer de vie.

Déménager constamment de maison, de ville, d’emploi, d’amis, de relations amoureuses… n’est-il pas effectivement signe qu’on demeure toujours l’épicentre de ces ruptures?

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Quatuor de citations XIX

Voilà, j’ai terminé le livre Ce que le jour doit à la nuit de Y. Khadra avant-hier.

Cela m’a pris plus de temps que d’habitude, car bien que la plume est exquise (ce 3e Quatuor tiré d’un même livre en est la preuve!) l’atmosphère y est cependant très lourde, émotionnellement épuisante. Voilà pourquoi je ne pouvais lire plus d’une vingtaine de page à la fois, car l’histoire (surtout dans sa seconde moitié) me donnait l’impression d’un ami qui se plaint continuellement.

Comme la vie m’aura appris qu’offrir de l’aide -comme en recevoir- n’est une obligation pour personne mais plutôt une certaine forme de faveur, de bonté… les séances envers ce livre furent quelque peu distancées dû à la lourdeur du processus.

Mais bon, puisque les mots y sont sublimement agencés, voici donc quatre nouvelles citations:

À quatre-vingts ans, notre avenir est derrière. Devant, il n’y a que le passé.

Ouch! Dur à lire! Je crois cependant que la lucidité est une qualité essentielle dans la vie. Dans ce contexte, se rendre à l’évidence est salutaire. Et si c’est fait dans la sérénité, j’imagine que ce n’est pas nécessairement négatif.

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Quatuor de citations XVIII

Toujours tiré du même livre qui enjolive ma table de chevet ces jours-ci: Ce que le jour doit à la nuit, de Yasmina Khadra. Pas encore terminé. Et déjà un second quatuor de citations. C’est bon signe!

Quand on ne trouve pas de solution à son malheur, on lui cherche un coupable.

N’est-ce pas là le dernier recours de la passion sur la raison; trouver une logique implacable qui justifierait d’un seul coup l’ensemble de son malheur. J’attends de lire la suite pour voir ce que le personnage cherchera après si, comme souvent, il ne trouve pas de coupable…

La vie sourit toujours à celui qui sait lui rendre la monnaie de sa pièce.

Bien décrit! Dit comme ça, elle nous parait déjà plus tangible, plus amicale, plus fair-play. Ça s’appelle aussi se relever quand elle nous envoie au tapis. Ça s’appelle se présenter le jour d’après, et pourquoi pas par le siège tiens, quand elle croit nous avoir enfermé pour de bon. Surprendre la vie! Concept intéressant.

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Quatuor de citations XVII

Pour Noël, ma conjointe m’a offert un livre en cadeau dont je n’avais pas entendu parler. C’était un « guess » comme on dit. Il s’appelle Ce que le jour doit à la nuit, de Yasmina Khadra. Après presque 120 pages, je peux déjà dire qu’elle est bien tombée, car la prose et le genre se rapprochent des Cerfs-Volants de Kaboul que j’avais bien aimé.

En preuve, ces quatre extraits (c’est un quatuor de citations, après tout, non!?)

- [...] La vie est un apprentissage permanent; plus on croit savoir, moins on sait, tant les choses changent, et avec elles les mentalités.
- Je me débrouillerai…
- Je n’en doute pas, Issa. Pas une seconde. Sauf que les bonnes volontés exigent les moyens de leur détermination. Croire dur comme faire ne suffit pas.

J’ai souri en lisant la première partie de cet extrait qui se rapproche, à quelques virgules près, de ce que j’avais exactement dit dans mon précédent billet sur Richard Bergeron.

Quand à la seconde partie de la citation, elle est d’actualité et me fait étrangement penser à Haïti. Les bonnes volontés exigent les moyens de leur détermination. Comme dans bien des cas, les moyens ne peuvent arriver qu’à l’aide d’un coup de main d’autrui – dans ce cas-ci, nous tous…

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Quatuor de citations XVI

Ça faisait longtemps depuis le dernier quatuor, désolé…

Pour celui-ci, deux grands thèmes: l’éducation… et l’altruisme. Allons d’abord pour le second thème:

On comprend peu les gens quand on les juge sans cesse.

- Marie-Claire Blais (Vivre ! Vivre !)

Bien dit! J’ai toujours pensé que la meilleure définition « d’anormal » représente en fait tout ce qui est simplement différent de nous… Comprendre l’autre relève d’abord d’une ouverture d’esprit en premier lieu, mais surtout je crois, d’efforts et d’humilité.

Dans le même ordre d’idées…

On excelle tous à régler les affaires d’autrui

- Félix Leclerc

Dieu que c’est vrai! C’est si simple de trouver comment arrêter de fumer quand on est non-fumeur. De résoudre le problème du trafic de la banlieue quand on habite la métropole… Ou de trouver la solution miracle au deuxième trio du Canadiens quand on est à la radio.

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