Archive pour la catégorie ‘ L’abri ’

L’Abri, jour J

Running for home

J’ai préparé toutes mes choses. Il ne restait pas beaucoup de rangement à faire, ni de préparatifs à finaliser de toutes façons…

Depuis les coups sur la porte, je n’ai entendu aucun bruit de l’extérieur. Mon imagination aurait espéré quelque chose de plus terrifiant. Pour être honnête, je crois que je m’attendais à des coups de feux ou des bombardements; un signe qui m’aurait réconforté dans ma crainte excessive de sortir. Une preuve quelconque qui aurait justifié ma couardise misanthrope. Mais rien. Rien ne justifie que je reste ici si ce n’est que ma peur caractéristique. Dehors, à en croire toutes les sondes et les cadrans, ne peut pas être pire qu’ici. Dehors, c’est déjà plus grand, plus aéré et il y a le vent, le soleil…

Je sors.

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L’Abri, jour 11

lilas

Bordel, j’en suis encore sous le choc. J’ose à peine appuyer le crayon sur ce carnet, de peur qu’on m’entende. Il y a quelques minutes encore, je crois que je retenais même ma respiration!

On a frappé à la porte. Quelqu’un -ou quelque chose- est venu frappé six coups sur la porte de mon abri! Je venais juste de m’endormir, sachant que cette nuit-là serait la dernière ici. Puis trois grands coups, volontairement espacés d’un même court délai, m’ont réveillés en panique. Ça ne pouvait être ni animal, ni mécanique: c’étaient trois coups sur la porte, comme n’importe quelle personne qui frapperait avant d’entrer quelque part!

J’avais les deux yeux grands ouverts dans l’obscurité, mon coeur qui battait la chamade jusqu’à mes tempes, le souffle court. La seule chose que j’acceptais de bouger était mes globes oculaires, posés un peu partout sur les mécanismes de la porte que je parvenais à distinguer dans le noir. Puis mon cerveau se faisait aller aussi: personne ne peut logiquement venir frapper à cette porte! Il y a peu de temps encore, le système était complètement verrouillé, signifiant que les conditions extérieures étaient invivables!

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L’Abri, jour 10

ménage

Je ne suis pas encore sorti. J’ai ouvert la porte, j’ai sorti la tête -seulement la tête- pour voir. Mais je ne suis pas sorti. Il pleuvait.

Je n’ai même pas osé grimper les quelques échelons qui mènent à mon terrain. Le ciel était gris et la pluie était trop intense. Découvrir un monde dévasté (comme je l’imagine) sous ce genre de climat risque de nuire à la première impression que j’en aurais. Alors j’ai refermé la porte et suis retourné dormir. Dormir, ça aide à s’éviter de réfléchir.

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L’Abri, jour 9

Porte

La porte s’est ouverte. Enfin, pas ouverte, mais déverrouillée. La porte peut être ouverte. Et oui, t’as pigé… je suis encore ici.

J’étais en train de bouffer un de ces sachets qui goûtent tellement de trucs en même temps que ça n’en goûte plus rien mis ensemble. Et il y a eu ce son aigu, un peu comme quand on envoie un fax. Pas très longtemps, peut-être trois ou quatre secondes. Puis cet autre son, comme si on échappait une dizaine de briques sur une plaque de béton. Puis plus de son. Seulement le voyant lumineux qui était passé au vert.

Je devais bien avoir les deux yeux ronds comme des balles de golf, figé de stupeur, les doigts recouverts de cette poudre humide du sachet alimentaire. Immobile à attendre la suite en fixant la porte. Puis soudain, un réflexe stupide: j’ai enfouis mon nez dans le creux de mon coude. Après tout, ce damné abris m’avait fait le coup avec la génératrice, puis avec la ventilation: il allait maintenant m’achever avec la porte qui flanche!

Alors je suis resté là , la moitié du visage dans ma manche, à attendre que les gaz m’asphyxient ou que ma peau fonde comme de la cire ou je ne sais trop. Mais rien de tout ça ne s’est produit. La porte était ouverte, point. La suite, c’était à moi de la provoquer. La suite, c’était moi qui devait me lever et sortir.

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L’Abri, jour 8

Figer le temps

Autrefois, j’en aurais acheté. Du temps. Des heures. À la tonne, j’en aurais commandé. Aujourd’hui, j’en vendrais. Treize à la douzaine si tu veux. Mais voilà , la comptabilité de mon affaire est fichue.

Le pire maintenant, ça n’est pas d’en avoir de trop. C’est de ne plus pouvoir compter la valeur de son gaspillage depuis hier soir.

La génératrice était une agace-pissette, mais au moins elle est revenue. Ma montre, elle -mon seul moyen de repère temporel- a flanché après mon souper d’hier. Ou peut-être même avant: je l’ai seulement regardé après avoir bouffé et elle indiquait 15h27. Soit deux ou trois minutes de plus que la dernière fois que je l’avais regardé. Mais bon je ne sais pas pourquoi je t’écris ça, elle aurait bien pu flancher à 11h09 comme à 08h59, à quoi ça te mène de savoir qu’elle me montre 15h27 depuis hier soir? Ça ne m’avance pas plus, moi, en tout cas. M’est d’avis que dans le langage des montres, 15h27 c’est une paire de fesses, voilà . J’aime à croire que ma montre avait du caractère et que son dernier geste aura été de m’exhiber son cul pour m’emmerder, avant de rendre l’âme. 15h27, pour elle, c’est « j’t'emmerde ». La batterie est belle et bien morte.

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L’Abri, jour 6

noir

Ça a arrêté. La génératrice.

C’était pas très longtemps, peut-être 30 ou 40 minutes. Faut dire que regarder ma montre n’a pas été mon premier réflexe quand ça a tombé, disons! Je pouvais pas de toutes façons, j’étais dans le noir! Jamais eu autant la trouille depuis que je suis descendu ici…

Ça fonctionne en partie au Mazout, mais aussi à l’énergie solaire, s’il y en a suffisamment là -haut. Comme il était peut-être 14h, je présume que le soleil l’alimentait. Puis un orage l’aura caché… Ou bien l’hiver nucléaire est arrivé jusqu’ici?

Peu importe, c’est pas sensé être long comme ça à prendre le relais avec le mazout. Ça avait déjà pris le relais plusieurs fois depuis le début de la semaine, et même si une légère baisse de lumière marquait la transition, tout restait allumé.

Le pire est que j’étais en train de ne rien faire. Rien du tout. Je ne sais même plus si j’étais en train de penser tellement je ne foutais rien. Je me souviens juste que je fixais le plafond, et que j’étais inconsciemment entouré des sons ambiants: le réfrigérateur, la ventilation, ces petits trucs. Je n’aurais jamais pensé qu’on puisse être autant dérangé d’être en train de ne rien faire. Ni non plus que le silence recèle autant de bruits. Moi qui croyait précisément ne rien entendre et ne rien regarder! Assez paniquant comme épisode.

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L’Abri, jour 5

Grand espace vert

[7h12]

Alors, pas trop ennuyé, mon pote?

Moi si. En fait, pas vraiment de toi, mais en général. À part écouter le ronronnement de la génératrice, y’a pas des tonnes de trucs à faire.

Désolé, je t’ai encore négligé hier. C’est que c’est un peu abrutissant de causer à un cahier et je me fais l’effet d’un con. Alors après notre première rencontre, j’ai essayé de lire un bouquin, un que j’avais déjà descendu ici avant l’alarme. Je me souviens précisément du choix que j’avais fait dans ma bibliothèque, y’a de ça quoi… deux semaines? Je me souviens de ce qui me passait par la tête en faisant mes choix. Trois livres que j’avais déjà lus, question de ne pas avoir de surprise. Bête comme je suis, ils parlaient tous d’isolement ou de survie: Histoire de Pi, Marche ou Crève et Les Survivants. Je suis vraiment génial, y’a pas à dire. J’ai commencé à lire Les Survivants. Je me disais que ça me donnerait du courage. Après quinze pages j’ai arrêté parce qu’ils me faisaient tous chier d’avance: je savais qu’ils allaient s’en tirer. Et moi ça craint toujours. Facile de choisir de tels livres quand les oiseaux gazouillent dehors. Pénible à lire une fois rendu dans sa cage de béton. J’aurais mieux fait de descendre un livre de recettes ou de médecine.

Survivre! Et ça va puer longtemps comme ça, survivre?

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L’Abri, jour 3

Oeil de la porte

Cher journal…

Haha! Mouais, je n’aurais jamais pensé écrire cela un jour… Ça n’est pas à 32 ans qu’on se fait un ami de papier normalement, et voilà que j’ai ce cahier devant moi.

Je ne sais pas trop quoi te dire… Tu permets que je te tutoie? Merde, je sais même pas comment on fait d’habitude quand on s’écrit à soi-même. Alors c’est comment, je te parle ou je me parle ou… T’as un plan? Je pourrais y aller plus descriptif, plus machinal, mais c’est pas mon style… Ok, merde, je loupe toujours les premières rencontres alors je vais aller au vif du sujet et le reste coulera… j’imagine.

Là je me fais croire que tu hoches la tête. C’est bon, tu prends vie… On a un maximum de 6 mois pour apprendre à se connaître, ensuite je crève de faim ou d’asphyxie. Ou de folie! Ou les trois! Haha!

L’histoire? Bien voilà quoi, ça a fini par sauter.

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