« You can’t take a picture of this. It’s already gone. »
- Nate, finale de Six Feet Under

On dit qu’on reconnait le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va…

Je crois que ce matin pour toi, il a mis ses pantoufles et c’est son premier pas que tu as entendu.
Je l’ai perçu aussi.

Tu pleures en silence, tu ne me dis pas ce qu’il y a… C’est la première fois.

Un été prometteur de vélo, de baignades et de rires te sourit de loin, mais tu es triste comme un glaçon qui fond!

Dehors, la glace tombe. Le temps qui se casse…

Tu dois dire adieu à l’hiver de tes 6 ans.
Tu te demandes où s’en va le blanc hiver de ton innocence – moi aussi la nostalgie me prend.

Cet fut l’hiver d’un beau noël en famille où tu as cru, une dernière fois, au Père-Noël – cette première trahison (est-ce un bien, est-ce un mal).

Décembre, pourtant – tu regardais Ciné-Cadeau et tu cherchais les lutins, le matin.

Le grelot de la naïveté qui se brise est un autre bruit du bonheur qui part.

L’hiver qui a emporté tes premières dents qui tombent!
Le parfum de la Fée des dents te semble déjà moins magique.

L’hiver de la patinoire où tu as appris à patiner dans la cours.
L’époque des premiers amis qui viennent à la maison.
De tes premières BD, lues à la lumière de la lampe de nuit.

Le temps des amours secrètes, dont peut-être tu ne nous parleras jamais…

Et je suis triste aussi, là dehors c’est aussi ton enfance qui fond.
La partie pure et blanche, en tout cas.

L’éblouissement des premières neiges.

Je cligne des yeux, c’est déjà Mars… Ta vie s’est sauvée de 4 mois…

L’avenir te tire par en haut, tu m’arrives presqu’aux épaules.
Ton papa t’a-t-il suffisamment bercé?
De combien d’autres de tes envols ai-je été aveugle.

Se croire au spectacle, alors qu’on se perd à l’entracte.

La fin de ta page blanche.
Tu sais d’ailleurs écrire maintenant…

En fait, le bonheur ne s’en va jamais d’un coup, il est toujours en marche.

On ne gèle pas la vie dans des blocs – ces moments que l’on veut réfrigérer, tout comme une photographie ne capture jamais qu’une fraction d’un moment.

Je tâche de voir le positif. Regarder devant.
Déjà, le vert de l’herbe se pointe le nez et les oiseaux chantent.

Puis, il y a aussi ces aimants de couleurs sur le réfrigérateur.
Je me dis que tu sauras encore y jouer quelques mois.

Les couleurs…

Ces petites choses caractéristiques, qui nous définissent.

La vie est une roue qui tourne, une roue chromatique avec des tonnes de couleurs à apprendre, à éviter et à porter… Des couleurs sans limite, qui teinteront tes rêves et tes projets – et je te souhaite les plus brillantes.

Mais mon fils, souviens-toi aussi du blanc.

Merci mon grand pour ce bel hiver!