Voilà, j’ai terminé le livre Ce que le jour doit à la nuit de Y. Khadra avant-hier.
Cela m’a pris plus de temps que d’habitude, car bien que la plume est exquise (ce 3e Quatuor tiré d’un même livre en est la preuve!) l’atmosphère y est cependant très lourde, émotionnellement épuisante. Voilà pourquoi je ne pouvais lire plus d’une vingtaine de page à la fois, car l’histoire (surtout dans sa seconde moitié) me donnait l’impression d’un ami qui se plaint continuellement.
Comme la vie m’aura appris qu’offrir de l’aide -comme en recevoir- n’est une obligation pour personne mais plutôt une certaine forme de faveur, de bonté… les séances envers ce livre furent quelque peu distancées dû à la lourdeur du processus.
Mais bon, puisque les mots y sont sublimement agencés, voici donc quatre nouvelles citations:
À quatre-vingts ans, notre avenir est derrière. Devant, il n’y a que le passé.
Ouch! Dur à lire! Je crois cependant que la lucidité est une qualité essentielle dans la vie. Dans ce contexte, se rendre à l’évidence est salutaire. Et si c’est fait dans la sérénité, j’imagine que ce n’est pas nécessairement négatif.
Je glissais vers quelque chose que j’étais incapable de définir et qui m’étirait dans tous les sens en déformant mon discernement, mes fibres, mes repères, mes pensées, pareil à un lycanthrope abusant des ténèbres pour naître à sa monstruosité.
Il n’y a pire monstre, à mon sens, que celui qu’on habite car la fuite est impossible. Il y a de ces cocons où la vie nous place, et la transformation y est parfois lente et douloureuse! Ensuite, il faut encore apprivoiser la forme de vie qui en ressort.
Si tu voyais ses yeux, vides comme le double canon d’un fusil.
Une variante de Il n’est pire eau que celle qui dort. Mais je préfère l’image de Khadra ici! Y’a des volontaires pour se faire regarder par le double canon d’un fusil!? Même vide?
La vie est un train qui ne s’arrête à aucune gare. Ou on le prend en marche ou on le regarde passer sur le quai, et il n’est pire tragédie qu’une gare fantôme.
C’est la dernière partie qui est ma préférée. Après la salle des pas-perdus… le quai des ans perdus! Et si l’on se fie à la première citation, il faut se décider à prendre un train avant d’en avoir 80!
