Dans trois jours, le 1er novembre, je participerai à la levée de fonds du Movember.
Tous les ans, en novembre, Movember fait surgir des moustaches sur des milliers de visages masculins, au Canada et ailleurs dans le monde. Grâce à leur « Mo », ces hommes recueillent des sommes indispensables à la santé masculine, en particulier pour le cancer de la prostate, et sensibilisent ainsi la population à cette problématique.
Voilà pour le contexte, si vous ne connaissiez pas. Ce sera mon premier Movember. Mon ami Photoshop m’a aidé à créer un aperçu du style envisagé.
Il s’agit de la moustache de Daniel Day-Lewis dans Gangs of New York. L’image devrait être assez représentative car je compte conserver une barbe similaire, taillée de près quant à elle.
Pourquoi croyez-vous être davantage qualifié pour ce poste qu’un autre candidat?
- la question posée au fond de son ventre
Bonne question… grande question…
D’abord, parce que je fais partie du 10% sur cette planète qui n’a vraiment pas le droit de se plaindre; gâté somme toute par la vie, par l’époque et par l’endroit. Dans ce contexte, te recevoir n’est pas un choix mais une dette envers la facilité – un devoir.
Ma redevance à la vie.
Parce qu’en occident en 2011, t’avoir est peut-être le plus grand acte de dissidence d’un salarié – et parce que justement ce constat contre nature, loin de me freiner, me motive.
Ma somnolente rébellion…
Parce qu’un enfant, c’est un marqueur de temps; un repère dans la vie qui nous signale qu’elle va beaucoup trop vite pour ne pas s’en occuper.
Un calendrier où chaque jour est un cadeau précieux que l’on façonne.
Non, ce n’est pas seulement parce que même en gaspillant 2 heures par jour dans le trafic, l’automobile reste encore plus rapide que les transferts de lignes, les retards et les attentes en gares…
Ce n’est pas non plus à cause de la poudre aux yeux des stationnements incitatifs, déjà pleins dès le premier départ le matin (ou de l’insultante offre de trains remplis dès la toute première station)…
Oublions aussi le fait que -pour certaines lignes de banlieues du moins- les rails étant loués de compagnies telles que le CN, les caisses de céréales et les boîtes de corned-beef passent avant les travailleurs…
Rien à voir non plus avec le fait, mineur, que les horaires de transports en commun ne répondent qu’à la majorité du 8 à 5, en semaine…
Passons enfin sous silence l’élémentarité du confort et de l’intimité qui, pour la gloire d’une feuille verte, sont banalisés au point d’être relégués à un luxe cupide et frivole.
Quant à tout ce débat sur l’étalement urbain qui, si on était un tant soit peu susceptible, nous insulterait aussi vachement que légitimement de voir sa ville (avec une histoire de plus de 250 ans et une bataille des Patriotes en banque) incluse comme une simple tentacule-dortoire de la pieuvre Montréalaise…
Plus de 4 ans sans avoir rédigé (ou retranscrit, plutôt) de billet dans la catégorie Poèmes. Un oubli criminel.
J’y remédie avec ce coup de masse qui m’était arrivé en 4e ou 5e secondaire, période à laquelle je découvrais la poésie, la vraie.
Ces six lignes toutes simples de Saint-Denys Garneau.
Et cependant dressé en nous
Un homme qu’on ne peut pas abattre
Debout en nous et tournant le dos à la direction
de nos regards
Debout en os et les yeux fixés sur le néant
Dans une effroyable confrontation obstinée et un défi.
Je lis présentement L’élégance du hérisson de M. Barbery, et bien que les 20 premières pages m’aient semblées un peu pédantes avec fond de misandrie (il faut tout de même attendre jusqu’à la page 80 avant d’avoir un personnage masculin qui ne soit pas un parfait connard) je dois admettre que je succombe à la plume. La crédibilité un peu tirée par les cheveux de l’histoire est largement compensée par les perles littéraires de plus en plus fréquentes à travers le récit. À la limite, la mise en contexte de l’histoire en devient presqu’un prétexte pour nous livrer de jolies pensées bien ficelées et on accepte donc de savourer le livre comme il vient. À preuve:
(cette citation est un peu longue, mais en vaut largement la peine).
Pour qui bénéficie des indulgences de la vie, l’obligation de la beauté n’est pas négociable. La langue, cette richesse de l’homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des œuvres sacrées. Qu’elles évoluent avec le temps, se transforment, s’oublient et renaissent tandis que, parfois, leur transgression devient la source d’une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré plein sujétion.
Ça retouche directement ce que j’affirmais dans un précédent billet sur ce crime contre la linguistique que constituent les SMS. Partant de ce fait, une citation qui adhère à ma pensée ne peut être que géniale! Non!?
- Il faut que je les repêche avec mes dents, dit l’homme. Les choses mortes ou les choses pourries. On les jette pour cela. Souvent on les laisse pourrir exprès pour pouvoir les jeter. Et je dois les prendre avec mes dents. Pour qu’elles crèvent entre mes dents. Qu’elles me souillent le visage.
- La Gloïre, L’arrache-coeur
Trop longtemps, j’ai été assis sur mes mains. Trop longtemps, mes jointures furent comme engourdies par l’attente et la retenue. Mais mes sens s’éveillent enfin au coin d’un incendie imprévu. Je me lève au rythme de la fièvre qui me dégèle. Je craque mes os, j’étire mes muscles… J’en aurai besoin.
Ça sent la pourriture. Et la charogne. Je marche, catégorique, vers l’opportunité enfin exposée. Vers l’ombre. Vers le monstre. Car cette fois-ci (enfin!), il est à l’extérieur de moi: il est (si loin) droit devant.
Car cette chose, elle est pire que moi. Jamais je n’ai été aussi pire qu’elle; jamais je ne serai aussi pire qu’elle (c’est impossible)… Cette fois, toute comparaison est impolie, l’introspection devient (vraiment) inutile – le fossé est trop grand. Le parfait exutoire, longtemps attendu… La catharsis.
L’anomalie contre nature, l’ultime aurore poisseuse au firmament de l’inadmissible, qui éclipse de sa nouvelle noirceur des ténèbres qu’on croyait déjà absolus (croire c’est savoir). La racaille aspire vers elle, tel un trou noir, toute trace de reflet, tout doute raisonnable (douter c’est faiblir). Il faut venger les étoiles éteintes.
Il est effrayant de penser que cette chose qu’on a en soi, le jugement, n’est pas la justice. Le jugement, c’est le relatif. La justice, c’est l’absolu.
Réfléchissez à la différence entre un juge et juste.
- Victor Hugo
Il faut apprendre pour connaître, connaître pour comprendre,
comprendre pour juger.
- Narada
Vers 11h ce matin, les 11 jurés restants dans le procès Guy Turcotte ont remis leur verdict. Non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. Quelques minutes -voire secondes- après, la blogosphère et les réseaux sociaux à la Twitter et Facebook émettaient ce qu’ils offrent de pire dans ce contexte: l’instantanéité des émotions. On remet en doute le bon sens du jury; on émet des commentaires brefs, souvent à peine documentés, sinon carrément ignares, basés sur les bribes d’une histoire déjà filtrée, charcutée, édulcorée par les médias avides de sensationnalisme.
Je vous étonnerai peut-être en annonçant d’emblée que je suis pour ma part d’accord avec le choix du verdict. Non pas content ou satisfait, mais simplement d’accord. C’est un peu grâce à ce verdict en particulier, mais surtout à cause des réactions qu’il provoque, que je me permets d’ailleurs ce billet. En effet, si le jury avait choisi l’un des trois autres verdicts possibles de culpabilité, il est fort probable que je n’aurais pas réagit par écrit ici. Pour être sincère, j’aurais même été alors un peu désappointé en regardant silencieusement les gens applaudir probablement en plus grand nombre. Or, je ne suis pas de ceux pour qui la justice atteint son apogée dans la vengeance et la bastonnade.
Je vais tenter de couper court dès le départ aux raccourcis intellectuels: je suis d’accord avec le verdict mais je ne défends pas Turcotte. Comme Sénèque, je crois simplement que « le bon juge condamne le crime sans condamner le criminel ». Car aussi contradictoire que ça puisse paraître, bien que l’un engendre l’autre, l’un n’est pas l’autre. C’est là toute la complexité de ce verdict. Et la complexité ne signifie pas la contradiction.
Si Stephen Harper n’a répondu qu’à 4 ou 5 questions par jour lors de sa dernière campagne électorale, il fait bien piètre figure « paternelle » envers son bon peuple…
Parce qu’une vraie figure d’autorité, un vrai « parent », ça doit répondre de tout, et surtout… à tout.
Petit exercice fait cet avant-midi, avec ma conjointe : à partir de 8h du matin, nous avions rempli une de nos poches de monnaie… chaque fois que notre garçon de 3 ans nous posait une question, nous mettions une pièce dans l’autre poche. Autant en promenade en poussette qu’en jouant dans le sous-sol, nous pouvions facilement et rapidement tenir le compte de l’incessant interrogatoire infantile.
Mais ça sera pas long, j’vais m’tanner pis j’vais y aller
J’vais mettre des X partout à côté de chaque nom pour qu’y comprennent
[...] Parce que j’ai compris que le droit de voter
C’est aussi le droit de chialer
- Vilain Pingouin, Le droit de chiâler
Dimanche dernier à Tout le monde en parle était invité Jean-François Mercier pour sa candidature aux élections fédérales. Depuis sont passage à l’émission, les Jocelyne Cazin de ce monde, tant à la télé qu’à la radio, s’en sont donné à coeur joie sur le compte de la supposée bêtise, immaturité ou manque de respect qu’une telle candidature provoquait et du message négatif que cela envoyait aux jeunes (public cible de l’humoriste).
Quant à moi, c’est plutôt la mémoire un peu trop courte (le Parti Rhinocéros n’était pourtant pas une création de Mercier) et surtout, l’attitude un peu pincée de ses détracteurs que je trouve franchement plus repoussante que sa candidature elle-même dans l’échelle déjà subjective des propensions politiques.
Ça doit faire plus d’un trimestre que je suis en train de lire Les Piliers de la Terre, une brique de 1050 pages! Bien qu’il soit principalement captivant par son niveau historique et le développement de ses personnages, le bouquin n’est pas particulièrement riche en citations ou en tournures de phrases en dentelle. Cependant, vu la taille de l’ouvrage, les probabilités statistiques ont tout de même réussies à me faire dénicher quelques passages intéressants ici et là. Les voici:
Le silence était sa réponse habituelle aux sujets déplaisants.
J’ai toujours cru que le mutisme était un très puissant élément de dialogue. Se taire, c’est abandonner son interlocuteur dans la prison de ses pensées, parce qu’on veut soit ne pas sortir de la nôtre ou entrer dans la sienne.
Les vices d’autrefois sont devenus les moeurs d’aujourd’hui.
- Sénèque
Ce que les hommes appellent civilisation,
c’est l’état actuel des moeurs
et ce qu’ils appellent barbarie,
ce sont les états antérieurs.
- Anatole France
En 1955 paraissait un article tout ce qu’il y a de plus normal pour l’époque. Les mœurs culturelles et sociales d’alors n’alarmaient personne face à l’atrocité qu’aujourd’hui, quelques décennies plus tard, nous parvenons à déceler dans ces lignes. Pourtant, ce sont les mêmes mots…
Je lisais hier un article dans un journal local sur la thématique de la St-Valentin. Entre autre, on y mentionne (en 2011) que l’homme doit faire son possible pour se taire et simplement, écouter sa conjointe. Drôle d’écho, non!?
De pamphlétaire cru à essayiste tendre, entre les coups de coeurs exaltés et les coups de gueules enflammés, je tangue de mon mieux sur mon humble bateau.
C'est cependant sans prétention que ces quelques messages -parfois graves, parfois légers; tantôt comiques, tantôt tragiques- sont jetés au grand écueil du Web. C'est, plus souvent qu'autrement, un exutoire qui me permet de garder ma carène à flot.