Crêpes à l’improviste

Papa dit toujours qu’il faut prévoir, surtout quand on est pressé. D’autant que je suis capable de me souvenir, il a toujours été pressé.

Souvent, il me dit de me dépêcher: « vite, mets ta tuque » ou « allez, range tes jouets ». J’aimerais lui dire que ce n’est pas parce que je prends mon temps, mais juste parce que parfois, c’est difficile pour moi.

Même les choses faciles sont difficiles. Mais je ne sais pas s’il comprend. Que pour moi, les choses faciles sont difficiles, parce qu’elles sont rapides. Je sais que si je me dépêche, je le verrai moins longtemps. Je ne vois pas souvent mon papa, surtout la semaine. Mais j’aime qu’on soit ensemble.

Pour que j’aille plus vite, il me dit de « faire mon grand ». Je crois que faire son grand, c’est de bien faire les choses et surtout, les faire vite. C’est être prévoyant.

Parfois, je m’arrête pour le regarder mais je ne dis rien, pour ne pas le déranger. J’ai plein de choses à lui dire et surtout à lui montrer. Quand je le dérange, parfois il est impatient et change de pièce, et je préfère être avec lui en silence sans le déranger plutôt qu’il s’éloigne de moi, alors je ne dis rien. Il m’arrive des fois de vouloir être un texto, parce que les textos, il les regarde dès qu’il les voit, et pas moi. Juste quand je fais des choses pas prévues.

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Hobby de mosaïque en carrés de papiers cartonnés

Question: Décris ton travail en une phrase.

Réponse: Je suis entrepreneur à temps plein, freelancer en développement web, depuis maintenant 4 ans et demi.

Q: As-tu toujours su que tu deviendrais entrepreneur?

R: Avant de le devenir, j’étais persuadé que le travail autonome n’était pas fait pour moi!

Q: Et pourquoi donc?

R: J’étais repoussé par ce que les tests et autres caractéristiques « indispensables » de l’entrepreneur typique véhiculaient comme valeurs: ambition, leadership, être visionnaire ou encore aimer les risques… rien de tout cela ne résonnait en moi, et toujours pas d’ailleurs aujourd’hui!

Q: Quelles sont alors les caractéristiques de l’entrepreneuriat selon toi?

R: Depuis 18 mois j’ai un passe-temps que je considère dans sa préparation et son exécution comme étant ce qui se rapproche le plus de l’acte entrepreneurial, au sens où je le vis. Il s’agit pourtant d’artisanat tout simplement – de reproduction d’images en mosaïque. Néanmoins, plus j’en fais et plus je décèle des rapprochements évidents avec les prérequis de mon quotidien de freelancing et les qualités qui en font une business qui fonctionne.

Q: Tu dis donc qu’un entrepreneur doit être un artisan?

R: Pas du tout, je dis seulement qu’il ne faut pas nécessairement être ambitieux, workaholic ou être accro aux risques pour devenir travailleur autonome. Parfois, cela se révèle à travers d’autres activités…
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Quatuor de citations XXVI

Voici quatre citations du livre Gros-Câlin d’un de mes auteurs favoris, Romain Gary. Le style d’écriture ressemble à La vie devant soi sous le même pseudonyme d’Émile Ajar, on reconnaît l’humour et les remarques intérieures, mais le fil narratif est beaucoup plus décousu. En somme, l’oeuvre est moins bonne à mon avis que La vie devant soi mais plusieurs citations savoureuses parsemaient le livre:

- Celui-là, il cherche à se faire remarquer.
C’était vrai. Mais qu’est-ce qu’on doit faire, se noyer?

Pertinent. Je trouve que les gens qui attirent l’attention sont parfois jugés négativement, taxés d’exhibitionnisme mal placé ou carrément d’égocentrisme. Je crois que c’est souvent bien plus de la maladresse à tenter d’être pertinent qu’une envie de s’imposer. Le plus intéressant est que l’auteur se fait d’ailleurs écho à lui-même et sa justification résonne quelques pages auparavant: « …pas pour me faire remarquer, mais pour intéresser, tout simplement ». Très vrai! Vouloir susciter l’intérêt des autres se traduit souvent maladroitement par se faire remarquer. Puis quand (comme le personnage) quelqu’un se noie dans la solitude, se faire remarquer ne tient plus du caprice mais de la nécessité.

L’auteur précise d’ailleurs plus loin sa métaphore de noyade: « les noyés passent inaperçus, à cause de la force du courant dans le métro aux heures de pointe. »

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L’amour a pris son temps

En octobre 1984, j’avais quatre ans. Ma maman m’a amené voir La Guerre des tuques avec ma soeur.

Je ne savais plus que j’avais des souvenirs de mes quatre ans. Pourtant je me souviens très bien qu’en marchant vers le cinéma elle m’avait soulevé le bonnet en disant joyeusement « on va voir la Guerre des tuques! ». Je me souviens aussi que c’était plein et que nous avions dû rebrousser chemin pour aller à la représentation suivante.

Évidemment, je me souviens du film, de la musique, de Cléo…

31 ans plus tard, à trente-cinq ans, j’ai amené hier mes deux garçons voir La Guerre des tuques 3D au cinéma.
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À la frontière du rire

Je m’étonne toujours un peu que ceux qui placent le rire sur la frontière de la morale se surprennent qu’on fouille leurs intentions à la douane de l’éthique.

C’est pourtant simple: ce qui fait rire, même jaune, n’est pas nécessairement comique. Ce qui est drôle n’est pas non plus implicitement anodin.

L’éclat de rire n’est pas la jauge de l’inoffensif. Ça me semble d’une évidence élémentaire.

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Origine d’une captivité

La courte nouvelle que vous pouvez consulter ici se veut un amalgame de plusieurs inspirations. Le résultat final n’est pas à la hauteur de ce que j’avais espéré mais sa concrétisation était importante pour moi, ne serait-ce que pour l’exercice. Elle tire d’ailleurs ses origines d’un long processus et puise sa source des défis suivants:

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Captif d’un enlèvement

Six jours plus tard, vous-même auriez trouvé étrange de voir cet homme larmoyer secrètement derrière un volant de limousine, pas tant du fait qu’il attirait l’attention mais surtout parce qu’il n’avait pas d’habit de chauffeur. Votre curiosité n’aurait pas manqué d’être alimentée de plus belle en le voyant soudain se moucher en vitesse et essuyer ses joues pour sortir du véhicule, épiant un jeune garçon sortir d’une maison toute proche, son sac d’école sur le dos.

Voir l’homme ainsi immobile, épier la réaction du garçon vous aurait certes paru louche et que l’enfant lève ses yeux étonnés vers ce luxueux véhicule vous aurait fait réaliser le pouvoir soudain que cet homme exerçait sur lui.

Avoir été assez près de la scène, vous auriez vu le sourire tant forcé que malhabile de l’homme, puis entendu cette discussion:

- Tu veux monter là-dedans ce matin?
- Mais mon autobus arrivera bientôt.
- Aller à ton école irait plus vite dans cette limousine, non!?

Vous n’auriez pas su, à cet instant, définir avec précision l’incertitude du gamin mais n’auriez pu non plus la remettre en question.

Qu’il ne suffise à l’homme d’ouvrir une portière en annonçant « Montez jeune prince! » pour voir l’enfant, hésitant, s’engouffrer la tête basse dans l’habitacle aux vitres teintées vous aurait rappelé que la naïveté des enfants n’a d’égal que leur confiance.

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« Je me souviens »
- devise du Québec

« Ils avaient de la mémoire, mais une imagination insuffisante »
- Albert Camus, La Peste

Il y a quelques mois, j’avais une discussion au resto avec une amie concernant l’état du fait français au Québec. Dans la foulée de la Charte de la Laïcité, des accommodements raisonnables, de la diminution des naissances, de l’immigration en générale, il est excessivement délicat de s’inquiéter de sa propre langue sans paraître xénophobe, voire carrément raciste. Comme si la fierté -et l’inquiétude- de sa culture ne pouvait se faire conjointement à la découverte et à l’acceptation de l’autre. Comme si il fallait soit s’ouvrir à autrui, soit se refermer sur soi-même, sans zone grise possible.

Pourtant ce comportement, cette inquiétude, sont documentés:

« La culture et la langue ne se transmettent plus lorsqu’on compte 19 décès pour une seule naissance et que 55 % de la population a plus de 60 ans. [C'est] à partir du moment où, biologiquement, un pays ou un État s’effondre qu’il éprouve en même temps le besoin de s’affirmer par compensation. »
- Jacques Leclerc, L’aménagement linguistique dans le monde

La réaction n’est donc pas nécessairement celle de rustres égoïstes et arriérés mais celle, naturelle, d’un peuple en constant déficit démographique.

La discussion avait ce ton mi-revendicateur, mi-pessimiste de gens qui, non seulement voient leur verre d’eau à moitié vide, mais constatent que celui-ci ne leur appartient peut-être déjà plus.

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Au printemps de ta vie

« You can’t take a picture of this. It’s already gone. »
- Nate, finale de Six Feet Under

On dit qu’on reconnait le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va… Je crois que ce matin pour toi, il a mis ses pantoufles et c’est son premier pas que tu as entendu.

En fait le bonheur ne s’en va jamais d’un coup, il est toujours en marche.

Dehors, la glace tombe pour nous le rappeler. Le temps qui se casse. Je l’ai perçu aussi.

Un été prometteur de vélo, de baignades et de rires te sourit de loin, mais tu es triste comme un glaçon qui fond!

Tu pleures en silence, tu ne me dis pas ce qu’il y a… C’est la première fois.

Tu dois dire adieu à l’hiver de tes 6 ans. Moi aussi.
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Le bon grain et l’ivraie

On comprend peu les gens quand on les juge sans cesse.
- Marie-Claire Blais

Tu as une fruiterie au coin de ta rue qui annonce une hausse de tarifs, qu’elle justifie par un plus grand ratio de produits locaux, bios et équitables. Tu te dis: Wow OK, idée géniale – j’embarque!

Tu te rends compte après quelques semaines que l’augmentation de l’apport local/bio est franchement limité, et que 1h après l’arrivage, tous ces produits sont déjà vendus et il ne reste que la « merde » traditionnelle — mais plus chère, toujours, à cause de la hausse de tarifs qui s’applique en tout temps…

On t’annonce ensuite que tu devras encore faire un effort additionnel, payer plus, pour un plus grand apport de produits bios/équitables. Que comme les produits, ta tarification est « équitable » car ces produits bios, pour les utiliser, tu dois les payer.

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OK… la récupération partisane et les raccourcis intellectuels sur le drame de Lac-Mégantic, est-ce qu’on peut terminer ça?

Si on réduit ça à la plus simple constante: tout accident qui n’est pas de provenance naturelle ou animale *EST* causée par l’homme.

Maintenant, tricoter des responsabilités/accusations en slalom dans un fatalisme démagogique sur les habitudes de consommation de tel ou tel groupe d’individus m’horripile. C’est se bâtir du capital sur le dos d’une tragédie, alors que les esprits sont à vif.

Mener ce débat si tôt après (pendant!) la tragédie me semble un manque de respect total.

Je ne tomberai pas dans le panneau de ceux que je dénonce, mais des tas d’exemples et de contre-argumentation me viennent en tête pour contrer la mauvaise foi ambiante. Je me retiendrai cependant.

Concentrons-nous sur l’aspect humain dans ce drame -qui demeure un accident- et mettons donc en sourdine nos labyrinthes boiteux de cause à effet SVP.

Ou attendons au moins quelques semaines.

D’accord?

Étant aux prises avec une infestation de fourmis Ravisseuses (ou « Thief » en anglais) juste sous la craque de la fenêtre de la cuisine, j’ai passé les deux derniers jours à chercher les différences entre cette espèce de fourmis et la Pharaon, les deux étant très difficiles à contrôler… mais aussi très semblables!

Le truc le plus répandu pour différencier les 2 est le bout des antennes (« club » en anglais). Il compterait 2 segments pour la Ravisseuse, et 3 pour la Pharaon. Or, ces espèces mesurant entre 1/32e de pouces (Ravisseuse) et 1/16e (Pharaon) selon les sources (les spécimens de Ravisseuses dont je suis aux prises font 1/16e), il est impossible de distinguer cette caractéristiques à l’oeil. Même les loupes vendues à la papeterie ou en pharmacie (2 à 3X de grossissement) sont insuffisantes.

J’ai réussi, pour ma part, à numériser à 4,800 ppp quelques dizaines de spécimen, les ayant préalablement capturés dans un ruban gommé (Scotch tape) transparent puis plié en deux. Voici ces scans en 4800 dpi, qui sont tout justes assez bons pour distinguer le bout des antennes (2,400 ppp n’étant pas suffisant!):

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